1. Pinterest, le web pro et perso, mon oeuvre, mes peurs

    Le web parle beaucoup de Pinterest depuis 2 mois. Cet outil de partage d’images inspirantes, après des mois d’indifférence de la part des experts, venait en effet de voir son trafic prendre une ampleur remarquable. Et surtout, il emporte une grande partie de ce trafic vers des tiers, principalement blogs et boutiques, puisque les images partagées sont aussi des “bookmarks” (signets) qui renvoient vers le site d’origine de l’image. Forcément, dans ce cas, ça a commencé à intéresser des référenceurs et marketeurs de tous poils, propres à créer du buzz autour de cette “découverte”.

    Personnellement, je me suis inscrite sur Pinterest en mai 2011. J’ai tout de suite accroché, et je l’utilise régulièrement depuis, même si ce n’est pas forcément souvent. J’aime son ambiance tranquille, sa mise en page superbe, et surtout le style d’image qui y est partagé : décoration, maison, design, papeterie, affiches… des univers colorés et simplement beaux, bref inspirants et invitant non seulement à la rêverie (façon wish-list), mais aussi au pratique, à la création, au DIY (Do It Yourself), à l’accompagnement concret de projets. Je voulais refaire mon coin bureau à l’époque où j’ai découvert Pinterest, et j’ai aussitôt pu y trouver quantité d’idées, me construire ma collection de références, et bâtir mon idée. Car Pinterest est très pratique. Il y a d’abord son bookmarklet de “pin it” qui permet de façon simplissime de choisir une image sur une page web quelconque, et de l’épingler dans une de ses collections (boards). Ensuite, les fonctions sociales du site permettent de naviguer vers les univers d’autres personnes… mais ce ne sont pas des personnes que l’on suit : ce sont leurs collections sur des sujets précis. On n’est pas dans un réseau social, on est dans du partage thématique, et ça change tout ! La sérendipité est bien là aussi, grâce aux algorithmes du site qui vont nous proposer des idées qui pourraient nous plaire. Il est également possible de partager un espace à plusieurs, comme dans les groupes Flickr (vieil outil de partage d’image, lui aussi… mais dont l’ergonomie n’est pas du tout pratique, et qui ne permet pas de lier une image à une page web : il est fait pour publier ses propres photos avant tout). 

    Et voila que débarquent donc les experts du web, qui vont commencer par s’enthousiasmer sur le trafic de ce “réseau social”, puis commencer à critiquer à tout va, surtout en France. On peut faire de vrais reproches à Pinterest, le principal étant lié à des soucis de droits d’auteurs sur les images ainsi “volées” à des sites tiers (même s’ils sont dûment référencés !). Mais les spécialistes vont surtout trouver le site inintéressant, ne pas comprendre son succès (“On ne peut partager que des images, un peu étrange pour un réseau social” ref), ou à le minimiser (“nous ne parlons pas d’un service grand public qui va rentrer dans le quotidien de centaines de millions d’utilisateurs” ref). D’autres ne cherchent qu’à tirer partie du trafic du site, et à en détourner l’usage. D’abord pour des marques, ce qui n’est pas forcément choquant si elles appartiennent à l’univers visuel propre à Pinterest. Ensuite pour n’importe quoi dont je ne vois pas le rapport avec les images, comme le recrutement !

    Tout ça m’agace énormément. Même s’il y a également de bons articles sur le sujet, hein, tout n’est pas noir, heureusement (comme , ou là, qui donne de très bons conseils pour les marques, ou l’interview du créateur).

    Je me suis demandé pourquoi cela n’énervait autant. D’où cet article.

    La première raison est cette incompréhension expert-geek-marketeur/utilisateur. Pinterest est utilisé à 80% ou plus par des femmes, tiens donc. Cela m’a rappelé le dédain des mêmes media pour la blogosphère féminine, et pour les sites grands public au trafic pourtant énorme comme AuFeminin ou Doctissimo, toujours absents des grandes analyses des spécialistes. C’est que les geeks ne font pas partie de la cible directe, voila. Du coup, c’est comme une fracture entre le web des “pros” et le web de monsieur et madame toutlemonde.

    Mais en fait, ce qui me fait réagir le plus, dans tout ça, c’est la projection que j’y fais par rapport à mes propres sites web (en toute modestie, bien sûr, car que je suis loin de créer des sites du même calibre). Ce sont des craintes que j’ai toujours eues par rapport à la création de sites :

    • voir un site échapper à la vision de ses créateurs dans ses usages,
    • voir un site être considéré uniquement pour ses aspects marketing et financiers.

    Depuis 15 ans que j’ai créé mes premières “pages perso”, j’ai peur de dénaturer mes sites en les monétisant, et j’ai peur qu’on les détourne de ce que j’ai désiré faire. J’ai toujours fait des sites dans un but à la fois personnel et communautaire, et cela me fait peur d’en faire mon métier. Le spam, la triche, tout ça je sais que ça existe, je modère des sites depuis 10 ans, je ne me fais pas d’illusions là-dessus, même si ça me déprime déjà un peu par moments. C’est comme un mépris de ce qu’on propose, ce qu’on veut partager. Mais ça va plus loin, là. Et c’est pour ça que c’est resté uniquement un loisir pour moi, pendant toutes ces années… Mais voila, mon métier ne me satisfaisait plus, j’ai craqué, et je rêve encore de combiner passion et métier, vie perso et pro. Et j’ai très peur de me planter. Peur qu’on ne comprenne pas ce que je crée, que ça ne marche pas, que je ne puisse pas en vivre, que je doive me trouver un autre job. Encore plus peur, au final, que ça marche “trop” bien et que ça dérape, de perdre le contrôle, de vendre mon âme au diable, ou de voir le tout être “perverti”.

    Voila, c’est dit. Je n’ai pas honte de l’argent, j’ai envie de gagner ma vie avec ça, mais pas à n’importe quel prix, et pas non plus en m’offrant ainsi à des critiques qui ne chercheront pas à me comprendre. Je crois que je préfère encore l’obscurité.

    Bref, ListoLabo, mon nouveau bébé, est encore en gestation… Il est en test privé, en version alpha, et j’ai peur d’accoucher.

     
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  3. Communauté et oubli numérique

    Je viens de recevoir une requête par e-mail : on m’a demandé de supprimer sur TourdeJeu un ancien commentaire posté en 2006, signé d’une adresse mail contenant le prénom et le nom de la personne. OK, j’ai anonymisé le texte en virant la référence à cet e-mail. N’empêche que…

    • La requête m’a été faite fort poliment, mais en précisant quand même “[…] en vertu des lois informatiques. Ainsi je vous invite à entreprendre les démarches pour y parvenir, en tant que webmaster.”. S’agissant d’un site non-commercial à l’ambiance ludique, j’ai été un peu surprise de ce ton grave : demandé plus simplement, j’aurais tout autant réagi. Bon, soit. Mais on sent surtout, derrière ces phrases, la menace voilée d’une requête carrément officielle, à fondement juridique. Qu’en est-il réellement ? Aurait-on pu réellement m’obliger à supprimer cette signature ? Les lois informatique et liberté régissent les données nominatives, et surtout l’utilisation de fichiers contenant ce type de données. Un texte unique envoyé publiquement par son auteur avec un e-mail apparent rentre-t’il dans ce cadre ?
      Et s’il avait écrit avec un pseudo, et non avec son e-mail, cela aurait-il changé les choses ?
      Le terme de fichier doit-il être compris au sens technique (une table de base de données contenant des commentaires de blog est techniquement quasiment un fichier), ou au sens commercial/marketing (une liste de personnes constituant une référence, et étant utilisée à des fins de contacts ou autre exploitation) ?
    • Le terme de l’oubli numérique est devenu à la mode ces dernières années, avec celui de l’e-réputation. On s’inquiète des traces qu’on laisse continuellement sur le web, de l’image de nous qu’elles peuvent donner, des conséquences éventuelles qu’elles peuvent provoquer. Cela concerne surtout notre rapport au monde du travail, moins tolérant que le monde personnel à certaines frasques ou habitudes. Le succès de Facebook est une des principales causes de cette inquiétude croissante, pour deux raisons :
      - par défaut, ce qu’on y publie, supposé s’adresser à son réseau choisi, est en fait quasiment public, et il faut modifier ses paramètres pour mettre en place une protection,
      - il est demandé de s’y inscrire avec ses vrais prénom et nom, alors qu’on s’inscrivait auparavant toujours avec des pseudos sur les sites web à visée non professionnelle.
      Qu’on réclame la maîtrise complète de son propre profil et des statuts personnels que l’on publie sur un tel réseau social me paraît légitime. Mais quid de ce que l’on écrit au sein de sites extérieurs (commentaires, avis), et plus encore, au sein de communautés collaboratives comme des forums ? Le sujet est nettement plus complexe.
    • J’ai évoqué le sujet sur Twitter, et l’on m’a répondu entre autres en se moquant des “sites [qui] te disent qu’il est impossible de supprimer une ligne dans un base de données”. Hmmm. Techniquement, OK, supprimer un commentaire sur un site revient finalement à supprimer une ligne dans une base de données. Mais cela ne veut pas dire que :
      - c’est facile à faire,
      - cela n’a pas de conséquences.
      Il faut en effet d’abord avoir les moyens techniques et l’organisation ad-hoc pour gérer ces suppressions. L’informaticien qui a accès à la base de données est-il forcément celui qui gère la communauté ? Si non, a-t’il implémenté une fonction de recherche de commentaires et de suppression (ou modification), lui a-t’on demandé cela ? Sur un blog Wordpress, c’est dans les fonctions du back-office, mais sur un site un peu ancien, ou fait maison, encore faut-il l’avoir prévu à chaque endroit possible.
      Quant aux conséquences, elles sont loin d’être négligeables dans le cas d’un forum, ou de tout autre système permettant à une publication de faire partie d’une discussion :
      - d’autres personnes ont pu citer le texte incriminé : en supprimant l’original, on ne supprimera pas ces copies ;
      - d’autres personnes y ont répondu : en supprimant l’original, on fait perdre tout le sens d’autres interventions.
      La situation est encore plus difficile dans le cas extrême (mais cependant non rare) d’une personne qui désire quitter totalement une communauté, et qui demande la suppression de TOUTES ses publications sur le site ou forum. C’est vrai, quoi, si on peut demander la suppression d’un message, on peut demander celle de plusieurs, ce n’est pas beaucoup plus compliqué techniquement (une requête SQL et hop) et c’est le même principe. Cela m’est donc déjà arrivé avec une personne qui avait publié… plus de 20 000 messages sur un forum ! 
    • Mon avis sur la question, et la réponse que j’ai faite à cette demande (et à d’autres) est simple : en écrivant sur un forum de discussion, on participe à une communauté et notre écrit ne nous appartient plus personnellement, il fait partie intégrante de cette communauté. Attention, juridiquement, je ne sais absolument pas ce que cela vaut (si quelqu’un peut me donner un avis là-dessus… ). C’est juste mon avis de créatrice/animatrice de communauté. C’est cependant une réponse que je fais, et qui a été bien accueillie à chaque fois, heureusement. Sachant qu’en parallèle :
      - je laisse la possibilité à chaque membre de modifier ses propres messages, sans limite de durée,
      - j’accepte de supprimer au cas par cas des messages ou discussions entières où une personne regrette d’avoir livré des informations trop personnelles.
      Sur le premier point, celui de laisser les membres modifier leurs propres messages, je sais que ce n’est pas le cas partout. Lors d’un des premiers Café des CM, j’en avais parlé avec des CM de sites pros, qui m’avaient indiqué que ce n’était pas une bonne idée, qu’il fallait laisser un délai maximal d’un mois par exemple, pour éviter le grand n’importe quoi. Pourquoi pas. J’ai cependant rarement vu d’abus d’auto-modification en masse de messages (mais je l’ai vu… certains ont beaucoup d’énergie, parfois, pour ce genre d’activités !).
    • Dans son (excellent) livre “Managing online forums” (2008), Patrick O’Keefe dit la même chose. Martin Reed a également publié cet article sur le sujet (“Who owns and controls the content in online communities?” en 2009). Il est en tous cas toujours conseillé de prévoir le coup dans sa Charte communautaire. 

    C’est un bien vaste sujet… non ?

       
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    • La Norvège, Hurtigruten et la modernité

      Ceux qui me suivent sur Twitter auront peut-être remarqué mes twits un peu étranges de ces derniers jours, consacrés pour la plupart à une étrange secte dite du “Hurtigruten”. Personne ne semble y avoir répondu, et je me suis dit qu’il était sans doute judicieux d’y consacrer un billet d’explications. Car le sujet me semble tout-à-fait passionnant. Même pour ceux qui ne sont pas dingues de Norvège comme moi.

      Oui, c’est vrai, la Norvège est une passion pour moi. Ce sont mes parents qui m’ont initiée, toute petite déjà (dès 18 mois !), aux voyages dans ce pays magnifique. J’avais ensuite 14 ans quand ils nous ont embarqués, mes frère et soeur et moi, pour un nouveau séjour qui m’a marquée profondément. En pleine adolescence, j’ai trouvé un écho singulier à mes états d’âme dans ces paysages impressionnants, ces étendues sauvages, ces maisons de bois d’un autre âge, et ce peuple si entier et si fier de son pays. Ma crise d’identité de l’époque commençait également à se chercher une image, et une certaine originalité. En 1981, nous étions encore rares à partir dans ces contrées nordiques, et,  qui plus est, en famille. Je me suis donc jetée complètement dans ce pays. Bref, je suis retournée régulièrement là-bas, m’y sentant toujours “chez moi” ; j’y ai emmené ma famille à mon tour, mes 5 enfants connaissent eux aussi ces terres semi-arctiques (les photos de notre voyage de l’été 2010 aux îles Lofoten sont sur Flickr). J’ai appris des notions de norvégien. Mon seul regret restera de ne pas avoir réussi à y trouver un stage de fin d’étude, et de ne pas avoir tout simplement émigré. Mais qui sait, un jour… En tout cas, mon premier site web, en 1997, je l’ai consacré aux voyages en Norvège, et mon TrollFjord est toujours en ligne, même s’il est très loin d’être rempli comme il le devrait, ni même à jour, et qu’il est toujours fait en HTML issu de Frontpage (il faudra que je le reconstruise entièrement, sachant que grâce à son ancienneté, il est super bien placé sur Google !).

      Hurtigruten, c’est l’Express Côtier norvégien. Cette ligne de service maritime a été créée en 1893, voila donc plus d’un siècle, pour acheminer rapidement marchandises et passagers le long de la côté extrêmement découpée et des nombreuses îles, depuis Bergen au Sud, jusqu’à Kirkenes tout au Nord près de la frontière russe, après 2920km de route. Elle effectue l’aller-retour complet en 11 jours. Aujourd’hui plus touristique, elle continue à suivre le même itinéraire, et à desservir chaque jour 34 ports, au moyen de ses 11 bateaux (oui, 11 bateaux et 11 jours, donc chaque jour un bateau passe à la même heure au même endroit). Les passagers et leurs voitures peuvent monter et descendre à n’importe laquelle des 34 escales. C’est une vraie institution norvégienne. J’ai moi-même emprunté une seule fois l’express côtier, pendant 3 jours entre Molde et le Cap Nord, en 1989. Le gros défaut de cette ligne est en effet, comme pour l’ensemble du tourisme dans ce pays, son coût élevé…

      Pourquoi parler de tout ça en ce moment ? C’est qu’un événement énorme est en train de se dérouler (il se termine demain !) : la chaine de télé publique norvégienne, NRK, a décidé de diffuser en direct live, et non-stop, les 134h de voyage d’un de ces bateaux de Bergen à Kirkenes (uniquement l’aller, donc). Ce n’est déjà pas banal : une télé-réalité toujours un peu spectacle, mais vraie, directe, sincère, et simple. Il y a quelques interviews, des gens qui font coucou aux caméras, des mini-happenings à chaque port, mais rien de bien excentrique. Des fanfares, une distribution de crevettes, des locaux qui agitent, tous, comme toujours, leurs drapeaux nationaux… Une émission un peu kitsch et folklorique ? On peut sans doute le percevoir comme ça… ou bien encore y sentir un parallèle avec les longues de retransmission du Tour de France, où l’enjeu sportif est souvent à l’arrière-plan d’une longue balade touristique à travers notre pays ? J’y ai vite pensé car j’ai noté à plusieurs reprises en étant en Norvège qu’ils adorent vraiment regarder notre Tour de France.

      (une image du live ; vous pouvez en voir quelques autres sur mon album Flickr dédié)

      Et pourtant, cela va au-delà de tout ça. D’abord parce que c’est un phénomène énorme dans leur pays, où la moitié des 4.8 millions d’habitants suit le voyage avec passion, et où tous les habitants de la côte se retrouvent pour faire la fête le long du trajet (comme le TdF, je vous dis !). Ensuite, parce que loin d’être un truc ringard, l’événement est extrêmement moderne :

      • En plus du live à la télévision sur le channel NRK2, l’émission est disponible en direct sur internet, à l’adresse http://www.nrk.no/hurtigruten/. Et ça fonctionne rudement bien. 
      • A côté du live, on peut voir la carte du voyage mise à jour en temps réel (powered by Google). En dessous, on a le choix entre le radar et la vue 3D modélisée.

      • Un chat est en place, avec connexion Facebook ou Twitter. Une page FB (58 000 fans) et un compte Twitter ont bien sûr été mis en place, et sont animés. Le hastag est #Hurtigruten. Tous ces contenus restent quand même très norvégiens (ce qui est dommage, à mon sens).
      • L’intégralité du voyage vu de la caméra située à l’avant du bateau est mise en ligne en torrent au fil du voyage, en HD 1920*1080, et téléchargeable librement. Les données techniques du bateau seront également publiées au format JSON.
      • Le tout est publié sur http://nrkbeta.no/2011/06/16/hurtigruten-eng/ sous licence CreativeCommons. Un prix sera d’ailleurs attribué à la meilleure exploitation des données.

      Voila, le Hurtigruten Live, c’est le mélange réussi de la tradition et de la modernité, du folklore et du partage… et ce sont toujours des paysages fabuleux ! (bon, au moment où j’écris ces lignes, le bateau est dans la brume… mais ce fut rarement le cas les jours précédents).

       
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    • Communautés et réseaux sociaux : la bazarification du web

      Vu via Twitter : la sortie du nouveau rapport 2011 The State of Community Management réalisé par The Community Roundtable, et un commentaire par l’agence We are social.

      Dans l’intro du rapport, je lis que les nouveaux outils du web “are taking digital community dynamics, which have existed in the background and niches, and bringing them into the mainstream”, et que le CM doit faire face à la “proliferation of social platforms” et un “fragmented landscape”.

      Leur schéma de Community Maturity Model détaille 4 niveaux :

      Ce que j’en retiens avant tout, c’est que le niveau 4, celui du réseau, n’est plus vraiment une communauté. Il y a relations, il y a échanges, il y a communication, mais cela ne forme pas une communauté, seulement une audience.

      We are social traduit cette évolution par une “démocratisation”. Je ne crois pas que ce soit le mot adapté. On pourrait croire que le CM nouvelle mode est arrivé parce que chacun peut désormais s’exprimer et qu’il faut échanger, alors que c’était déjà le cas depuis longtemps. Non, le CM 2010/2011 est arrivé parce que chacun peut désormais s’exprimer dans son coin. Ce n’est pas de la démocratisation, mais de la bazarification. Et de la perte de communauté.

      Je n’ai pas encore été plus loin dans ma lecture de ce rapport, car ces premières phrases m’ont fait cogiter…

      Finalement, mon interprétation est que le rôle du CM a émergé en force au moment où les communautés ont commencé à disparaître. Pour essayer de recoller les morceaux, et rendre un peu de cohérence à ce qui devient bel et bien un beau bazar. C’est pour ça que les outils qu’on commence par mettre en avant aujourd’hui, ce sont ceux de la veille (et de la curation, qui est à la veille ce que le blog est au journalisme). La plus grande difficulté n’est plus de s’exprimer, de communiquer, de modérer, d’animer… mais de trouver, de relier, d’orienter.

      Je ne peux m’empêcher d’y trouver de l’appauvrissement du contenu comme du lien. Le buzz et le phénomène de horde l’emportent sur l’échange et la collaboration.

      Je me sens de moins en moins CM dans ces conditions.

       
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