1. La Norvège, Hurtigruten et la modernité

    Ceux qui me suivent sur Twitter auront peut-être remarqué mes twits un peu étranges de ces derniers jours, consacrés pour la plupart à une étrange secte dite du “Hurtigruten”. Personne ne semble y avoir répondu, et je me suis dit qu’il était sans doute judicieux d’y consacrer un billet d’explications. Car le sujet me semble tout-à-fait passionnant. Même pour ceux qui ne sont pas dingues de Norvège comme moi.

    Oui, c’est vrai, la Norvège est une passion pour moi. Ce sont mes parents qui m’ont initiée, toute petite déjà (dès 18 mois !), aux voyages dans ce pays magnifique. J’avais ensuite 14 ans quand ils nous ont embarqués, mes frère et soeur et moi, pour un nouveau séjour qui m’a marquée profondément. En pleine adolescence, j’ai trouvé un écho singulier à mes états d’âme dans ces paysages impressionnants, ces étendues sauvages, ces maisons de bois d’un autre âge, et ce peuple si entier et si fier de son pays. Ma crise d’identité de l’époque commençait également à se chercher une image, et une certaine originalité. En 1981, nous étions encore rares à partir dans ces contrées nordiques, et,  qui plus est, en famille. Je me suis donc jetée complètement dans ce pays. Bref, je suis retournée régulièrement là-bas, m’y sentant toujours “chez moi” ; j’y ai emmené ma famille à mon tour, mes 5 enfants connaissent eux aussi ces terres semi-arctiques (les photos de notre voyage de l’été 2010 aux îles Lofoten sont sur Flickr). J’ai appris des notions de norvégien. Mon seul regret restera de ne pas avoir réussi à y trouver un stage de fin d’étude, et de ne pas avoir tout simplement émigré. Mais qui sait, un jour… En tout cas, mon premier site web, en 1997, je l’ai consacré aux voyages en Norvège, et mon TrollFjord est toujours en ligne, même s’il est très loin d’être rempli comme il le devrait, ni même à jour, et qu’il est toujours fait en HTML issu de Frontpage (il faudra que je le reconstruise entièrement, sachant que grâce à son ancienneté, il est super bien placé sur Google !).

    Hurtigruten, c’est l’Express Côtier norvégien. Cette ligne de service maritime a été créée en 1893, voila donc plus d’un siècle, pour acheminer rapidement marchandises et passagers le long de la côté extrêmement découpée et des nombreuses îles, depuis Bergen au Sud, jusqu’à Kirkenes tout au Nord près de la frontière russe, après 2920km de route. Elle effectue l’aller-retour complet en 11 jours. Aujourd’hui plus touristique, elle continue à suivre le même itinéraire, et à desservir chaque jour 34 ports, au moyen de ses 11 bateaux (oui, 11 bateaux et 11 jours, donc chaque jour un bateau passe à la même heure au même endroit). Les passagers et leurs voitures peuvent monter et descendre à n’importe laquelle des 34 escales. C’est une vraie institution norvégienne. J’ai moi-même emprunté une seule fois l’express côtier, pendant 3 jours entre Molde et le Cap Nord, en 1989. Le gros défaut de cette ligne est en effet, comme pour l’ensemble du tourisme dans ce pays, son coût élevé…

    Pourquoi parler de tout ça en ce moment ? C’est qu’un événement énorme est en train de se dérouler (il se termine demain !) : la chaine de télé publique norvégienne, NRK, a décidé de diffuser en direct live, et non-stop, les 134h de voyage d’un de ces bateaux de Bergen à Kirkenes (uniquement l’aller, donc). Ce n’est déjà pas banal : une télé-réalité toujours un peu spectacle, mais vraie, directe, sincère, et simple. Il y a quelques interviews, des gens qui font coucou aux caméras, des mini-happenings à chaque port, mais rien de bien excentrique. Des fanfares, une distribution de crevettes, des locaux qui agitent, tous, comme toujours, leurs drapeaux nationaux… Une émission un peu kitsch et folklorique ? On peut sans doute le percevoir comme ça… ou bien encore y sentir un parallèle avec les longues de retransmission du Tour de France, où l’enjeu sportif est souvent à l’arrière-plan d’une longue balade touristique à travers notre pays ? J’y ai vite pensé car j’ai noté à plusieurs reprises en étant en Norvège qu’ils adorent vraiment regarder notre Tour de France.

    (une image du live ; vous pouvez en voir quelques autres sur mon album Flickr dédié)

    Et pourtant, cela va au-delà de tout ça. D’abord parce que c’est un phénomène énorme dans leur pays, où la moitié des 4.8 millions d’habitants suit le voyage avec passion, et où tous les habitants de la côte se retrouvent pour faire la fête le long du trajet (comme le TdF, je vous dis !). Ensuite, parce que loin d’être un truc ringard, l’événement est extrêmement moderne :

    • En plus du live à la télévision sur le channel NRK2, l’émission est disponible en direct sur internet, à l’adresse http://www.nrk.no/hurtigruten/. Et ça fonctionne rudement bien. 
    • A côté du live, on peut voir la carte du voyage mise à jour en temps réel (powered by Google). En dessous, on a le choix entre le radar et la vue 3D modélisée.

    • Un chat est en place, avec connexion Facebook ou Twitter. Une page FB (58 000 fans) et un compte Twitter ont bien sûr été mis en place, et sont animés. Le hastag est #Hurtigruten. Tous ces contenus restent quand même très norvégiens (ce qui est dommage, à mon sens).
    • L’intégralité du voyage vu de la caméra située à l’avant du bateau est mise en ligne en torrent au fil du voyage, en HD 1920*1080, et téléchargeable librement. Les données techniques du bateau seront également publiées au format JSON.
    • Le tout est publié sur http://nrkbeta.no/2011/06/16/hurtigruten-eng/ sous licence CreativeCommons. Un prix sera d’ailleurs attribué à la meilleure exploitation des données.

    Voila, le Hurtigruten Live, c’est le mélange réussi de la tradition et de la modernité, du folklore et du partage… et ce sont toujours des paysages fabuleux ! (bon, au moment où j’écris ces lignes, le bateau est dans la brume… mais ce fut rarement le cas les jours précédents).

     
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  3. A lire sur le Web : http://www.flickr.com/photos/oelita/sets/72157624615025469/

    Voyage de deux semaines en juillet/août 2010.

     
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